Essais de délissage : des pistes pour l’écoconception

14 mai 2020

Les équipes RETEX ont procédé à un test de désassemblage de vêtements confectionnés avec un fil à coudre résorbable. Le résultat a permis de mieux connaître le rôle des coutures et de la conception des vêtements dans une optique de recyclage mécanique.

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Opération chronophage et laborieuse, le délissage qui consiste à retirer du vêtement les "parties dures" telles que boutons, fermetures éclair et autres attaches est une étape critique d’un processus de recyclage mécanique. L’essai réalisé par RETEX avait pour objet d’évaluer l’utilisation d’un fil à coudre résorbable développé par Wear2Go (NL), qui fait partie du programme de recherche Interreg NW CircTex. Le fil Wear2 contient un additif, le sulfate de cuivre, qui désagrège le fil sous l’effet de micro-ondes. « Le fil va se fissurer, se fractionner et perdre en résistance mécanique », explique Pierre Van Trimpont, chez Centexbel.

Le test a consisté à comparer le temps de démontage de deux séries de 25 vêtements hospitaliers fabriqués par Van Moer, l’une confectionnée avec un fil à coudre en 100% polyester, l’autre avec le fil Wear2. Pour limiter les coûts, le fil résorbable a été réservé aux coutures dites stratégiques, joignant les panneaux de coloris différents et la patte de boutons-pression. Le passage en four à micro-ondes s’est déroulé chez Groenendijk (NL) et le délissage chez Arcor (BE). Les pièces aux coutures conventionnelles ont été découpées au ciseau et celles cousues avec le fil résorbable ont été

Un résultat prometteur

Premier enseignement positif, le fil résorbable permet de récupérer des panneaux plus grands, sans contamination coloristique, et d’augmenter la quantité de matière homogène à recycler, soit 85% de matière unicolore (fil Wear2) contre 59% de blanc (fil conventionnel). Quant au passage en four à micro-ondes, son efficacité a été diminuée par deux facteurs. Le four du test ne comporte que trois panneaux radiants sur quatre prévus à terme, et la présence d’humidité dans les vêtements a réduit ses performances. Afin d’être efficace le traitement dans le four à micro-ondes doit être précédé d’un séchage approfondi des vêtements. Le choix de tester des vêtements neufs, et non pas en fin de vie, a également eu un impact sur le résultat. En dépit de ces réserves, dues aux conditions du test, le principe est jugé prometteur.

Le chronométrage de chaque étape du délissage a permis d’affiner l’analyse. « Nous avons pu identifier les coutures qui font gagner du temps et celles qui ont peu ou pas d’impact, comme l’étiquette de composition et les ourlets », note Pierre Van Trimpont.

Lien

https://www.nweurope.eu/projects/project-search/circtex-innovation-towards-a-circular-future-for-nwe-textiles/

https://wear2.com/en/

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Le type de couture s’est révélé être un élément critique. Les normes pour les vêtements professionnels exigent des coutures renforcées, à doubles surpiqûres ou coutures anglaises, avec une piqûre nichée dans une pliure. Les micro-ondes arrivent à décomposer les fils extérieurs, mais pas toujours les coutures intérieures.

Ce constat soulève la question les normes de résistance des coutures à la traction. « S’il est envisageable de repenser les usages pour les vêtements de prêt-à-porter, pour les vêtements de travail, changer de fil ne va pas suffire », note Pierre Van Trimpont. Du point de vue de la conception des vêtements, la présence de poches intérieures ou de panneaux de coloris différents pourrait être repensée.

A plus long terme, les vêtements de travail pourraient même être conçus en prenant en compte l’automatisation du désassemblage en fin de vie. Pour l’heure, le test avec le fil résorbable ouvre de nouvelles pistes de réflexion sur la conception des vêtements en général et des coutures en particulier.